mercredi 11 mai 2011

Cadence de Stéphane Velut

Munich, 1933. Le narrateur, peintre de son état, doit honorer une commande officielle du Führer : un tableau représentant une jeune fille aux attributs aryens, icône de la nouvelle Allemagne prônée par le régime. Pour faciliter sa réalisation, l’artiste se voit confier une enfant innocente et fragile. Or, ce dernier a un tout autre projet en tête pour son jeune modèle : grâce au savoir-faire d’un ami prothésiste, il transforme peu à peu la jeune fille à demi consentante en automate de cuir et de métal...  
Le roman est présenté comme le journal retrouvé de cet artiste et place dès le départ, le lecteur dans une position de voyeurisme et de gêne. On assiste au fil des pages, à un lent processus de déshumanisation et de soumission. Au rapport de l’artiste à son modèle se mêle progressivement celui du bourreau à sa créature. La jeune enfant accepte sa chosification toujours plus poussée, malgré les souffrances corporelles dues à ses prothèses mécaniques. Elle réapprend à manger, à bouger dans son fardeau de métal, au plus grand plaisir du peintre, de plus en plus émerveillé par sa « poupée ».
A l’extérieur, le monde se transforme également : propagande et violence s’installent. Hitler et la grandeur de l’Allemagne sont sur toutes les bouches. Le narrateur lui, n’éprouve que du dégoût pour toute cette folie, il s’isole dans son atelier, contemplatif de son jouet.
    Ce premier roman ne laisse pas le lecteur indifférent. A la fois dérangeant et déconcertant, on en sort remué, gêné et étonné de nous-même. Car en effet, le roman nous tient en permanence entre dégoût et fascination (notamment par la progressive mise en place de tous ces mécanismes). La cadence s’accélère au fil du journal et la déchéance irrémédiable de cet artiste fait écho à la montée du nazisme à Munich.

Cadence de Stéphane Velut
Editions Christian Bourgois, 2009

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...