mardi 17 avril 2012

La randonnée de Christophe Léon


Un éducateur et cinq adolescents en rupture, partent pour une randonnée de quelques jours en pleine forêt. Il s'agit de leur faire reprendre confiance en eux et en leurs capacités.  La formule a déjà fait ses preuves. Au programme : nature, vie en collectivité, autonomie et effort physique. Mais au fil de leur randonnée, des bruits mystérieux et l'impression tenace d'être observé viennent renforcer leur conviction : ils ne sont pas seuls dans cette forêt...


J'ai bien aimé l'atmosphère de cette forêt, où l'on retrouve toutes les sensations  d'une randonnée en pleine nature : avec les paysages époustouflants, la rivière si vive la journée et si silencieuse la nuit venue, ou encore le brouillard matinal dans lequel on se réveille fraîchement...
Mais cela n'a malheureusement pas suffi à m'enthousiasmer pour ce court roman de Christophe Léon. Au final, si je me suis effectivement sentie transportée dans ce cadre sauvage, très bien rendu, je n'ai pas réussi à rentrer dans l'intrigue, dans la tension du récit sensée être crescendo et encore moins à me sentir concernée par les personnages : ces adolescents au passé lourd, dont on ne fait que survoler les histoires respectives. Dans la première partie du roman, l'auteur prend son temps, sans pour autant approfondir les relations naissantes et la psychologie des personnages, ce que j'ai trouvé dommage. Et puis tout bascule et s'accélère mais je n'ai pas vraiment ressenti le danger ou l'urgence de la situation. 
Enfin, si l'on sait dès le départ que cette randonnée va mal tourner, la fin du roman qui se veut brutale et percutante, m'a plutôt laissé une impression finale d'inachevé.

Dans un registre beaucoup plus sanglant certes, mais très prenant et à la tension  réellement palpable, il y a le roman de Guillaume Guéraud, Déroute sauvage, où l'auteur s'amuse avec les codes du film d'horreur.
Pour les amateurs de sensations fortes en pleine forêt...
"Sur le papier, c'est un voyage scolaire en Espagne, dans le cadre d'un projet pédagogique qui devrait permettre aux élèves de se familiariser avec leur deuxième langue vivante et de découvrir la vallée de l'Aragon. Sauf que ça vire au cauchemar. En pleine nuit, au coeur des Pyrénées, le bus quitte la route et bascule. Une chute vertigineuse et un amas de corps broyés entre la tôle et le granit. Quelques rescapés s'extirpent des décombres. Ils croient avoir échappé au pire. Mais ils confondent la fin et le commencement. Car trois sauvages sanguinaires surgissent des ténèbres..." 
(résumé de l'éditeur)

A partir de 14 ans


La randonnée / Christophe Léon
Editions Thierry Magnier, 2012

Déroute sauvage / Guillaume Guéraud
Editions du Rouergue, collection DoAdo Noir, 2009

mardi 10 avril 2012

Rico & Oscar : Mystère et Rigatoni - Andreas Steinhöfel



Rico est un enfant maldoué : Il lui faut un peu plus de temps pour comprendre les choses, sa mémoire lui joue parfois des tours et il a du mal à se concentrer ou encore à se repérer, confondant régulièrement sa droite et sa gauche. Il explique d'ailleurs : "ma tête est parfois aussi chaotique qu'un boulier de loto". Mais Rico est un petit garçon optimiste, débrouillard et persévérant. Ainsi, quand il ne comprend pas un mot ou une expression, il cherche la définition dans le dictionnaire et la note dans son carnet, en utilisant ses propres mots. D'ailleurs, il s'en tire plutôt bien Rico avec les mots. A son école spécialisée, son professeur lui a donné un devoir : tenir le journal de ses vacances.
C'est par ce biais que l'on découvre son histoire : son quotidien avec sa maman, les habitants de son immeuble dont il aime visiter les appartements (et dont il dresse de savoureux portraits), ou encore sa passion pour miss Marple et les films policiers... Il nous apprend également l'existence d'un kidnappeur d'enfants, "Mister 2000", qui sévit depuis quelques mois à Berlin...
Et puis, au cours d'une enquête à propos d'une nouille trouvée sur le trottoir, il y a sa rencontre avec Oscar. Plus petit de taille, mais surdoué et aussi légèrement paranoïaque : Il porte en permanence un casque de moto afin d'éviter tout accident. Ces deux-là deviennent amis. Mais un matin, alors qu'ils avaient rendez-vous, Oscar ne vient pas et l'on apprend qu'il a été enlevé par Mister 2000. Rico décide alors de mener son enquête et de tout tenter pour retrouver son ami...

Un petit coup de coeur pour le premier volet des aventures de ce duo improbable et attachant. L’auteur nous offre à la fois, une intrigue policière bien menée et captivante, et un roman sensible et positif autour du handicap et de la différence. Notre jeune héros est certes, maldoué, mais il est plein de bonne volonté, autonome, courageux et se révèle un ami loyal, capable de dépasser ses limites.
Un très bon moment de lecture qui mêle tout à la fois, humour, poésie et rebondissements haletants autour d'une galerie de personnages sympathiques et touchants, que l'on aura plaisir à retrouver dans les prochaines aventures de ces deux enquêteurs en herbe...

A partir de 9 ans

Les savoureuses illustrations de Steve Wells qui accompagnent joliment le récit...
Extrait :

"DÉPRESSION : sentiment de grisaille. Maman a dit ce mot un jour où on parlait de Mme Dahling. Une dépression, c'est quand tous les sentiments sont dans un fauteuil roulant. Ils n'ont plus de bras et malheureusement il n'y a personne pour pousser. Et peut-être même que les pneus sont à plat aussi. Ça fatigue beaucoup."

Rico & Oscar : Mystère et Rigatoni / Andreas Steinhöfel
(Série en 3 tomes)
Gallimard Jeunesse, 2012

mardi 3 avril 2012

Histoires Bizarres de Balthazar - Chris Mould


Balthazar Clairon, 11 ans, vient d'hériter de son grand-oncle qu'il n'a pas connu, du Manoir du Bougeoir sur l'île de La Roche-Crampon. Profitant de ses vacances, il part donc à la découverte de sa nouvelle demeure. S'il est surpris au début, de découvrir une petite île de pêcheurs, isolée, assez sinistre et accessible uniquement à marée basse, il tombe très vite sous le charme du vaste manoir et du domaine qui l'entoure. Mais une fois, l'enthousiasme passé et face à l'attitude étrange des habitants, Balthazar s'interroge : Qui était son oncle ? Comment est-il mort ? Pourquoi les chiens ici, n'ont-ils que trois pattes ? Pourquoi personne ne sort-il la nuit ? Et surtout que lui veulent ces inquiétants pirates ? Bien des mystères auxquels Balthazar va devoir faire face...

Une petite série bien sympathique à l'atmosphère sombre, où les péripéties se succèdent pour notre jeune "héros malgré lui". Aidé par sa gouvernante, madame Bonpain, le gardien du phare monsieur Lumière et un brochet empaillé qui parle, Balthazar va découvrir la vie secrète de son grand-oncle, déjouer les plans d'une bande de pirates aux mauvaises intentions et affronter le loup-garou qui terrorise les villageois... 
Et qui dit pirate, dit évidemment trésor : ce dernier sera l'objet de convoitises encore plus inquiétantes dans le second tome, ne laissant que peu de répit à notre jeune garçon...

L'intrigue est assez simple, mais le rythme est là et le suspense tient tout au long de la lecture. 
Par ailleurs, les illustrations qui accompagnent le récit, sont très réussies dans le style gothique, et rendent parfaitement l'atmosphère sombre et insolite de l'histoire.
Mêlant fantastique et piraterie, cette petite lecture facile et au ton décalé, ravira sans aucun doute, les jeunes lecteurs en quête d'aventure, d'humour et de petites frayeurs !

A partir de 8 ans


Histoires Bizarres de Balthazar  de Chris Mould
(série en 6 tomes)

Tome 1 : Le terrible loup-garou
Tome 2 : Les fantômes des glaces

Bayard Jeunesse, 2011-2012

lundi 26 mars 2012

L’école est finie d'Yves Grevet


« Un roman de politique-fiction pour les enfants dès 9 ans, les adolescents et les adultes »

Dystopie, qui nous projette en 2028, dans une société où les inégalités sociales et le capitalisme ont atteint des sommets, au point de bouleverser complètement le système éducatif. L’école publique est désormais sponsorisée par les entreprises. Dès le CP, les enfants de familles modestes, sont par conséquent obligés d’être sous contrat, dans ces « écoles-entreprises » afin de rembourser leur scolarité, limitée et en rapport avec l’entreprise choisie. Ainsi, certains se retrouvent à faire des nocturnes dans des fast-foods et à apprendre à cuire des aliments surgelés tandis que d’autres font des inventaires dans des magasins. La résistance prend alors la forme d’écoles clandestines…

Le thème de ce court roman est original et actuel, dans la réflexion qu’il suscite sur notre système éducatif. L’auteur tente d’éveiller les consciences en montrant les dangers d’une privatisation à outrance de nos sociétés.
C’est court et incisif, seul regret, le procédé narratif est un peu trop « démonstratif » à mon goût, ce qui alourdit le récit. Mais cela reste un bon petit roman à la portée de jeunes lecteurs et pouvant ouvrir à la discussion.

L'école est finie / Yves Grevet
Syros, collection Mini-Syros, 2012

dimanche 18 mars 2012

Desolation Road de Jérôme Noirez


1930. Dans une prison californienne, June, 17 ans, attend le jour de son exécution. Interviewée par un journaliste, cette jeune fille, à l'apparence angélique et timide, ne colle pas au portrait de froide meurtrière qu'en ont fait les médias. Comment est-elle arrivée là ? June raconte son histoire, et surtout son grand amour, David, leur fuite et leur périple à travers la Californie de la Grande Dépression, où le chômage, la misère et la débrouille sont à chaque coin de rue. Portés par leur jeunesse, leur innocence et leurs rêves, June et David emprunteront le mauvais chemin : celui du vol, du meurtre, qui les mèneront finalement au bout de la route, sans espoir de retour...


Alternant le récit du journaliste et celui de June, ce roman nous transporte de façon très réussie à cette période sombre et miséreuse des Etats-Unis, et finalement assez peu traitée en littérature ado. C'est toute la dureté d'une époque que Jérôme Noirez nous fait découvrir : la misère sociale, la difficulté à trouver un emploi, le banditisme... Et puis il y a June et David, ce jeune couple au destin tragique auquel on s'attache et qui nous touche par leur amour et leurs espoirs déçus.
Photographie d'une époque, histoire d'un amour passionnel, errance désespérée sur les routes américaines... Jérôme Noirez nous livre ici un très beau roman noir et captivant, mais aussi plein de sensibilité et de justesse :

"-Qu'est-ce que c'est que l'amour pour vous? Les doigts de June abandonnèrent le livre, se posèrent sur sa joue, puis s'en allèrent brosser ses cheveux. Elle les contempla ensuite comme si des paillettes d'or s'y étaient déposées avant de répondre :

- L'amour...C'est de la poussière et des étoiles."

A partir de 14 ans.


Desolation Road / Jérôme Noirez
Gulf Stream, collection Courants noirs, 2011.


dimanche 11 décembre 2011

Les 13 trésors de Michelle Harrison


Tanya a un secret : elle possède le don de double vue, lui permettant de voir les êtres féeriques. Mais elle vit depuis toujours dans la peur de ces derniers, qui la harcèlent et la tourmentent sans cesse. Envoyée pour les vacances, chez sa grand-mère, Tanya n'est guère enchantée. Le manoir familial se situe en effet, à proximité d'une vaste forêt, où grouillent gobelins, fées et autres créatures malveillantes. Mais quand elle découvre que cinquante ans auparavant, la meilleure amie de sa grand-mère a mystérieusement disparu dans cette forêt, Tanya, poussée par la curiosité et aidée par Fabian, le fils de l'intendant, va tenter de percer certains secrets sans se douter du danger qui la guette...

Si l'univers de ce premier roman a un petit air de "déjà lu" (je pense à la série Fablehaven de Brendon Mull), on se laisse facilement happé par cette histoire de secret de famille, assez bien menée dans l'ensemble. Tanya cherche des réponses à ce don de double vue, qui s'apparente plus à ses yeux, à une malédiction, mais également à son histoire familiale, dont elle se sent exclue. L'exploration des passages secrets du manoir et les excursions nocturnes dans la forêt "interdite" se succèdent, donnant lieu à un véritable jeu de piste, le tout dans une atmosphère oppressante et intrigante. Une lecture sympathique et captivante à partir de 12 ans.

Les 13 Trésors / Michelle Harrison
Bayard Jeunesse, 2011

jeudi 6 octobre 2011

Appelle-moi Charlie de Marcus Malte


En vacances avec sa mère et sa soeur dans les Alpes, Elias, 13 ans, claque la porte du chalet suite à une énième dispute avec sa mère. Il déambule sous la neige, et se perd dans la forêt. Il fait alors une rencontre totalement improbable, celle de "Charlie", qui va l'aider à surmonter cette période difficile de sa vie,  marquée par le départ de son père, la situation tendue avec sa mère qui en découle et son adolescence...
Elias nous livre son histoire vingt ans plus tard, à l'âge adulte. Devenu écrivain, il se souvient, nous transporte dans l'imagination d'un gamin de 13 ans dont les émotions sont à fleur de peau : sentiment de solitude, colère, incompréhension et besoin de s'affirmer...

Un texte très court où se mêle dans une sorte de rêve éveillé, une réflexion sur la solitude, sur ces rencontres réelles ou non qui peuvent bouleverser une vie et sur la nécessité de profiter de chaque instant. Car en effet, Charlie, lui, n'a au final que peu de temps...

A partir de 12 ans

Appelle-moi Charlie / Marcus Malte
Sarbacane, 2011

lundi 3 octobre 2011

0.4 de Mike A. Lancaster


Lors d’une fête locale, Kyle et trois autres personnes se prêtent au jeu d’une démonstration d’hypnose menée par l’un de ses amis. Mais à leur réveil, le temps semble s’être arrêté. Quelques heures plus tard, leur entourage, famille et amis, reprennent vie comme si rien n’était arrivé, cependant, tout a changé. Ils se retrouvent alors à quatre, seuls, face à toute une ville métamorphosée… 

Dans un futur non daté, l’histoire de Kyle nous est livrée par la retranscription en livre, de ses cassettes enregistrées, et présentées par le narrateur comme datant d’une époque révolue. On devine que le témoignage de Kyle a fait l’objet de débats scientifiques à sa découverte, le récit étant accompagné de "notes" censées donner  au lecteur   des pistes de compréhension du monde dans lequel ce jeune adolescent vivait.

A travers une histoire originale et assez prenante, l'auteur imagine un monde où les humains ne seraient qu’un ensemble de "fonctionnalités"  intégrées à un gigantesque système informatique et faisant par conséquent, l’objet de mises à jour régulières : le but étant une amélioration de la société et de l’environnement "virtuel". Mais certains ne sont parfois pas repérés, non "mis à jour" lors de ces procédures, et sont alors considérés comme des "erreurs", condamnés à l'oubli par le système...

Le cadre narratif est singulier, l’intrigue bien menée et la réflexion proposée autour de l’humain et des évolutions technologiques, suscitera l'intérêt de jeunes lecteurs.

A partir de 12 ans

0.4 / Mike A. Lancaster
Nathan Jeunesse, collection Blast, 2011

jeudi 29 septembre 2011

La Répétition d'Eleanor Catton




Dans un lycée de jeunes filles, le scandale éclate lorsque l'on découvre la relation coupable d'un professeur de musique avec l'une de ses élèves. 
Parents et professeurs sont sous le choc, alors que les adolescentes, se confiant à leur professeur de saxophone, se retrouvent soudainement confrontées au désir naissant et à des fantasmes qui viennent bouleverser leur innocence de jeune fille. 
L'affaire quant à elle, agite tellement les consciences, que les apprentis comédiens d'une école de théâtre local décident de l'adapter pour leur pièce de fin d'année...

S'il est vrai que la construction narrative peut dérouter aux premiers abords, on se laisse très vite et volontiers prendre au jeu de ce roman de formation, à la fois original, déroutant et fortement intriguant ! 
Eleanor Catton brouille les pistes, les repères temporels du récit et mêle de façon très réussie, fiction et mise en scène théâtrale, au point que le doute ne nous quitte pas et que l'on reste captivé d'un bout à l'autre du roman.
L'auteur nous propose à la fois, une réflexion sur l'adolescence, la recherche et la construction de soi,  notamment à travers la question épineuse à cet âge, de l'identité sexuelle, mais également, sur le jeu d'acteur, le paraître ou encore la mise en scène et l'appropriation d'un personnage. Le tout s'entremêlant et se répondant de façon brillante.

Assurément un premier roman à découvrir et un auteur à suivre...


La Répétition d'Eleanor Catton
Editions Denoël & D'Ailleurs, 2011







jeudi 22 septembre 2011

Skoda d'Olivier Sillig



Dans un pays en guerre, qu'on suppose d'Europe de l'est, Stjepan, un jeune soldat de 20 ans, reprend conscience au milieu de ses camarades morts lors d'un raid aérien, dont il ne conserve aucun souvenir. Non loin de là, il découvre une voiture dont le seul survivant se trouve être un bébé. Après quelques hésitations, il décide de le recueillir et part sur la route avec cet enfant qu'il baptise Skoda. Commence alors pour ces deux êtres, un périple à travers ce pays rongé par les conflits et la violence...

Un roman court d'une centaine de pages, qui va à l'essentiel, pour nous dire l'absurdité des guerres où qu'elles se situent. D'une écriture concise et sans fard, Olivier Sillig nous raconte la brutalité, la violence et la mort qui peuvent surgir à chaque détour de cette route, mais également la vie qui continue, avec ses moments de tendresse et d'espoir qui font, que porté par l'amour qu'il se découvre pour l'enfant, Stjepan poursuivra son chemin jusqu'au bout. 

"Stjepan, lui, n'a pas peur. Skoda n'a pas peur, il dort tranquillement dans sa main. Il peut dormir. Stjepan le ramène contre son flanc. La chair de ma chair. Il se remet à tourner. Il dit : "Nous resterons ensemble". Ensemble. Stjepan ignore comment, mais ils resteront ensemble jusqu'à ce que Skoda ait l'âge de Stjepan -maintenant, là, il sent qu'il n'est plus un gamin, que pour lui tout ça s'est terminé. Jusqu'à ce que Skoda ait son âge. Dans un monde qui sera peut-être un peu moins fou. "Tu verras, petite hirondelle.

Skoda d'Olivier Sillig
Buchet Chastel, 2011

mardi 20 septembre 2011

Room d'Emma Donoghue


Jack est un petit garçon de 5 ans, né dans la "chambre" et qui n'a jamais rien connu d'autre. 
Sa mère avec qui il vit depuis toujours, et les quatre murs de cette pièce, sont ses seuls repères depuis sa naissance. 
Leur quotidien est organisé autour de rituels : les repas, le ménage, les jeux, le doudou-lait, la télévision et les cadeaux du dimanche apportés par grand méchant Nick... Qui fait peur à sa maman et dont Jack ne doit pas s'approcher. Celle-ci a tout fait pour donner à son fils l'illusion d'une vie ordinaire et le protéger. Mais Jack grandit, pose de plus en plus de questions sur le monde, alors elle décide de tout risquer pour qu'il puisse  s'enfuir...


L'histoire de cette captivité nous est livrée à travers la voix de Jack et son regard d'enfant qu'il porte sur le monde qui l'entoure. 
Un tour de force réussi et qui sonne juste. En effet, Jack est malicieux, attachant et plein de bonne volonté, ce qui amplifie d'autant plus l'horreur de cet enfermement, la peur et le courage de sa mère. Et puis il y a "l'après" : Le monde extérieur, l'inconnu et la perte des repères pour Jack, le regard des autres et la difficulté à faire face pour sa mère.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, Emma Donoghue nous donne à voir la relation parent/enfant dans toute sa complexité, à travers le lien fusionnel de Jack et sa mère, mais nous amène également à réfléchir sur la capacité de survie, d'adaptation et les limites de chacun. 

Room est un roman fort et émouvant, dur et éprouvant mais aussi plein d'espoir. 

Un beau coup de coeur de cette rentrée littéraire.

Room d'Emma Donoghue
Stock, collection La Cosmopolite, 2011

Explorer virtuellement le monde de Room sur http://www.roomthebook.com/inside/



lundi 22 août 2011

La femme du tigre de Téa Obreht


Dans un pays des Balkans, marqué par les guerres successives, Natalia, jeune médecin passe la frontière pour aller vacciner des enfants dans un orphelinat. Les restes de la guerre et les superstitions y sont omniprésents. Pendant son voyage, elle apprend la mort de son grand-père, médecin lui-aussi et dont elle était très proche. Natalia se remémore alors leurs moments passés ensemble, et surtout les histoires extraordinaires qu'il lui racontait, dont celle de la femme du tigre et de l'homme-qui-ne-mourra-pas...

 Avec un talent de conteuse, Tea Obreht nous emporte à la découverte des Balkans, de son histoire et d'un folklore riche et fascinant.
Ces contes dont Natalia se souvient, et dont on ne saurait démêler l'authentique du merveilleux, lui apporteront les clés pour comprendre le monde dans lequel elle vit : celui de l'après-guerre, de la reconstruction, mais aussi celui des traditions et des superstitions tenaces...
Malgré quelques longueurs dans le récit, ce premier roman est une très belle découverte, dans lequel on se plonge sans difficulté, pour se laisser entraîner dans une succession d'histoires toutes aussi envoûtantes et captivantes les unes que les autres.

La femme du tigre de Téa Obreht
Calmann-Lévy, 2011

dimanche 21 août 2011

Le livre rouge de Meaghan Delahunt



"Trois personnages se croisent en Inde. Françoise, une photographe australienne, est venue à Bhopal dans le cadre d'une recherche sur les suites du drame de cette ville où, vingt ans plus tôt, une fuite de gaz toxique dans l'usine Union Carbide a tué des milliers de gens. Ils se sont croisés sans se connaître des années auparavant, il y a Naga, un réfugié tibétain dont la famille est morte dans la catastrophe et Arkay, un voyageur écossais qui a trouvé un refuge dans le bouddhisme. Ils étaient tous les trois pleins de promesses et d'espoirs.

Françoise rassemble des photographies de leurs vies dans ce Livre rouge. Ces photos racontent leurs histoires d'amour, de lutte et de transformation - elles révèlent les gens qu'ils ont été et ce qu'ils vont devenir, les vies qui s'entrelacent et se séparent."
Une très belle construction narrative pour ce roman, où les voix de Françoise, Naga et Arkay se croisent, s’entremêlent pour nous raconter leurs vies au fil des rencontres, de leurs errances dans ce pays fascinant qu’est l’Inde.
Leurs liens nous sont livrés sur plusieurs années, le tout porté par une écriture limpide et dont les photos du Livre rouge (décrites au début de chaque chapitre) sont le fil conducteur.
Chacun de ces personnages est lourd d’un passé avec lequel il doit composer, et cherche des réponses dans cette Inde à l’histoire elle-même riche, mais douloureuse. C’est à Bhopal, que convergent leurs routes, dont la catastrophe, vingt ans plus tôt, nous est racontée sans voyeurisme et pose la question de la responsabilité collective.
Un magnifique roman, aux personnages attachants et plein d’humanité, dont la quête de spiritualité nous amène à porter un regard nouveau sur l’Inde, et cela, notamment à travers l’objectif de Françoise :

"Cette façon de voir affecte mon travail. Toutes les personnes, les objets et les endroits ont un son et une texture propres. L'Inde, par exemple, est rouge. Mardi est un jour vert. Tout s'accorde en moi. C'est ce qui m'a fait connaître : des photos en noir et blanc qui donnaient une impression de couleur. Des panneaux verts, un ciel bleu et des ombres dorés sur du bois. On peut entendre tout cela dans les nuances mais il n'y a aucune couleur dans mes photographies. Il y a seulement la sensation de quelque chose qui manque, la trame de quelque chose d'absent, quelque chose depuis longtemps disparu. Et le déclic de l'appareil est toujours turquoise ; le son que je préfère."


Le livre rouge de Meaghan Delahunt
Editions Métailié, 2011

dimanche 12 juin 2011

iBoy de Kevin Brooks

Tom Harvey est un ado de 16 ans vivant seul avec sa grand-mère qui peine à les faire vivre, dans une cité mal famée où les gangs, la violence et la loi du silence sont le lot quotidien des habitants. Le jour où un I-phone lancé du haut d'une tour, lui fracasse le crâne, Tom se réveille à l'hôpital après un long coma avec la sensation que quelque chose a changé. Il est désormais doté de toutes les capacités d'un I-phone voire plus : Connecté en permanence à la toile, il peut intercepter mails, sms, conversations téléphoniques, prendre des photos, accéder à des bases de données... mais il a également développé une sorte de champ magnétique qui à la fois, le protège et lui permet d'envoyer des électrochocs. En apprenant que sa meilleure amie s'est faite agressée, Tom décide de mettre à profit ses nouvelles capacités afin de la venger...


Faisant ouvertement référence aux histoires de super-héros (notamment Spiderman), on découvre au fil du récit, la transformation de Tom : la découverte de ses capacités extraordinaires, le sentiment de puissance qui en découle, mais aussi et très vite, les doutes, les tiraillements, le sentiment de perte d'identité, qui l'amènent à réfléchir sur les notions de bien et de mal, de justice et finalement sur la portée de ses actions.
Mêlant fantastique et thriller, ce roman est aussi et surtout, une plongée dans la réalité sociale d'un quartier difficile où l'on découvre les gangs, les trafics en tout genre, la violence, le tabou, l'impuissance de la police... 

Captivant du début à la fin, IBoy se révèle au final un livre plus dur et noir que ne le laisse penser la présentation de l'éditeur. Les scènes d'agression et de violence aussi bien physique que psychologique, sont très réalistes. Un roman original par son côté technologique, bien mené et fort.

A partir de 15 ans

IBoy de Kevin Brooks
La Martinière J., collection Fiction, 2011

lundi 16 mai 2011

La Fête du siècle de Niccolo Ammaniti

Tout Rome se prépare à la fête du siècle ! Organisée à la légendaire Villa Ada par un magnat de l'immobilier, toutes les personnalités les plus en vue d'Italie sont conviées. Parmi eux, Fabrizio Ciba, écrivain à succès et à l'ego démesuré,  qui consacre son temps  à soigner son image public, afin de compenser son manque d'inspiration. Démesure et décadence promettent d'être au rendez-vous, afin de rendre cet évènement mémorable. Mais Saverio Moneta dit Mantos, grand maître sataniste des "Enragés d'Abaddon", dont les membres désertent peu à peu,  a enfin trouvé la mission qui leur permettra d'obtenir la gloire qui leur fait défaut depuis tant d'années : Sacrifier une des personnalités les plus attendues de cette fête...

Niccolo Ammaniti ne se refuse rien dans ce roman ! Il nous donne à voir les dessous d'une Italie superficielle où gloire, argent et médiatisation à outrance sont les normes. 
Fabrizio comme Saverio cherchent, chacun à leur niveau, à être reconnu et à s'extirper du rôle qu'ils jouent dans leur vie de tous les jours sans pour autant y parvenir. Les mésaventures se succèdent, toutes plus inattendues et grotesques les unes que les autres, et rien ne se passe comme prévu malgré toute la bonne volonté des personnages.
Ce roman est un concentré d'humour noir qui ne cesse de prendre le lecteur au dépourvu et qui se lit d'une traite.

La Fête du siècle de Niccolo Ammaniti
Editions Robert Laffont, 2011

mercredi 11 mai 2011

Purge de Sofi Oksanen

« En 1992, l'Union soviétique s'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, quand elle trouve la jeune Zara dans son jardin, qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Mais finalement ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille se révélera, en lien avec le temps de l'occupation soviétique. Aliide a en effet aimé un homme, Hans, un résistant. Quarante ans plus tard, c'est au tour de Zara de venir chercher protection, et la vieille dame va décider de la lui accorder jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix. »
Purge est un roman percutant et haletant qui nous plonge dans l’histoire de l’Estonie, occupée successivement par les nazies et les soviétiques jusqu’en 1992. A travers le face à face de deux femmes de générations et de cultures différentes, mais au courage et à la force de caractère similaires, Sofi Oksanen nous invite à réfléchir sur le sens du mot « collaboration », le sentiment de culpabilité et sur la violence faite aux femmes. Les personnages sont beaux, attachants et l’intrigue autour du secret de famille que représente le passé d’Aliide est très bien menée.
Portée par une écriture originale et une structure narrative intelligente, ce roman a été une des très belles découvertes de la rentrée dernière...

Purge de Sofi Oksanen
Editions Stock, collection La Cosmopolite, 2010

Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie

"Quand le 9 août 1945 au matin, Hiroko Tanaka sort sur sa terrasse en kimono aux motifs d'oiseaux, elle est enivrée par le bleu du ciel de Nagasaki, son coeur bat à tout rompre. Sur ses lèvres, elle a encore l'empreinte de celles de Konrad Weiss, son amant allemand, et à ses oreilles résonne toujours sa demande en mariage. Mais, à peine née, leur histoire s'achève déjà. Car, d'un coup, le monde blanchit... Contrairement à Konrad, Hiroko survit à la bombe atomique, et les graves brûlures sur son dos prennent alors la forme de grands oiseaux noirs qui lui rappelleront toute sa vie ce qu'elle a perdu... Deux ans plus tard, elle se rend à Delhi chez la demi-soeur de Konrad, Elizabeth Burton, et son mari James. Leur employé, Sajjad Ashraf, lui donne des cours d'ourdou. Il sait la troubler et vaincre son renoncement à l'amour... Alors que la terrible Partition succède à la Seconde Guerre mondiale, l'histoire, l'amour et la mort ne cesseront d'entrelacer, dans ce très beau roman de fidélité, de passions et de trahison, les destins de Hiroko, des Burton et des Ashraf, transportés de Karachi à New York, et, pour certains, jusqu'en Afghanistan, dans le sillage immédiat du 11 septembre 2001... "
 A travers le destin exceptionnel d’Hiroko et de sa famille, ce roman met en lumière l’histoire mondiale de ces soixante dernières années. D’une écriture envoûtante et poétique, l’auteur décrit l’absurdité des guerres qui se succèdent, auxquelles Hiroko et ses proches sont confrontés malgré eux. C’est également avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence que Kamila Shamsie aborde le thème de l’exil et de l’errance. Quand blanchit le monde est un voyage émouvant aux côtés de personnages attachants. 

Quand blanchit le monde de Kamila Shamsie
Editions Buchet Chastel, 2010

Le Japon n'existe pas d'Alberto Torres-Blandina

« Voyageurs qui n'aimez pas les longues attentes dans les aéroports, ce livre est pour vous.
Dans un terminal, un balayeur affable et disert bavarde avec les passagers en attente, devine leur destination, leur donne des conseils, raconte des histoires passionnantes sur ses voisins, flirte avec la vendeuse de journaux. Il propose même à ses interlocuteurs en partance pour Tokyo une théorie originale : « Le Japon n'est qu'une façade. Une opération marketing comme une autre. On l'a inventé pour vendre de la technologie et ça a marché. Made in Japan est aujourd'hui le meilleur label pour vendre une voiture ou un téléviseur… »

 Salvator Fuensanta, balayeur, proche de la retraite, qui a connu chaque employé et croisé nombre de voyageurs dans ce lieu de passage incessant qu’est un aéroport, enchante le lecteur (et le voyageur qui a la chance de le croiser…) par ses histoires surprenantes et intrigantes. À la manière d’un conteur, il nous tient en haleine, nous captive. Bien sûr, il faut bien travailler de temps en temps ou prendre son avion, l’histoire reste donc en suspens, jusqu’à une prochaine rencontre… Ainsi, au fil du monologue de cet attendrissant balayeur, les histoires se succèdent, reprennent quelques pages plus loin, abordant toujours avec humour et tendresse, des thèmes comme l’amour, la violence, l’évasion… C’est une lecture agréable et dépaysante dans un langage parlé, où l’on se surprend à souhaiter prendre l’avion, rien que pour le bonheur de croiser peut-être un Salvator Fuensanta…  

Le Japon n'existe pas d'Alberto Torres-Blandina
Editions Métailié, collection Bibliothèque hispanique, 2009

Le livre des nuages de Chloé Aridjis

Lors d’un voyage en famille à Berlin en 1986, Tatiana croit reconnaître dans le métro, Hitler sous les traits d’une vieille femme. Des années plus tard, elle revient à Berlin pour ses études, et décide d’y vivre. En quête de travail, elle accepte de retranscrire les réflexions d’un historien, spécialiste de Berlin. C’est l’occasion pour Tatiana d’en savoir plus sur la capitale et ses lieux secrets, lourds d’un passé que chacun tente d’oublier.

Il s’agit à la fois d’un roman sur Berlin et sur une personne en quête de devenir : Tatiana est attirée par cette ville qui est à son image. Elle s’isole, s’interroge et se cherche un avenir. Berlin est une ville moderne, en plein essor mais encore aux prises avec un passé dont elle peine à s’affranchir. Tatiana déambule, explore les entrailles de cette ville pleine de mystères, où une brume tenace plane constamment, faisant ressurgir les fantômes de l’histoire.
Ce premier roman teinté d’onirisme est une belle approche de Berlin, ville qui souhaite atteindre les nuages mais qui est encore engluée dans l’épais brouillard d’un passé difficile à oublier. Une jolie performance.

Le livre des nuages de Chloé Aridjis
Editions Mercure de France, collection Bibliothèque étrangère, 2009

Pommes de Richard Milward

« Adam et Eve ont quinze ans à Middlesbrough, dans le nord de l'Angleterre. Leur quotidien : expérimenter tous les fruits défendus offerts par le monde. Adam lutte contre ses TOC pour trouver le courage d'aborder la jolie Eve, qui l'ignore et s'adonne à toutes les tentations : vie nocturne, alcool, sexe, drogue... Loin d'être un roman trash de plus sur la galaxie ado, Pommes mêle constamment poésie et réalité crue et nous entraîne dans une tragicomédie rythmée par le rock des sixties et la house music. »

Richard Milward dresse ici le portrait de la jeunesse anglaise issue de la classe ouvrière. Il nous fait partager les excès en tout genre d’une bande d’adolescents mais aussi leurs doutes et leurs désillusions. Sous une apparence de contrôle total, la réalité de cette jeunesse apparaît au fil des pages : les carapaces se fissurent, révélant dépendances, mal-être, relations familiales difficiles. Les voix de ces adolescents se succèdent, nous éclairant sur leur vécu et nous apportant différents points de vue. Si ce roman  est d’un réalisme cru, on s’attache pourtant à ces personnages fragiles, aux personnalités bien affirmées et à la recherche de sensations fortes. L’histoire est bien menée et c’est avec plaisir que l’on se plonge dans le quotidien de cette bande d’ados. A la fin du roman, l’auteur signale une sélection musicale pouvant accompagner la lecture.

A partir de 16 ans

Pommes de Richard Milward
Editions Asphalte, 2010
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